Formulaire de recherche

Le Fer en pratique : optimiser la prise en charge des carences

Date : 
Mercredi 18 Novembre 2015
-
Micronutrition
-
Par Audrey Charial

Le Fer, comme tout oligo-élément est indispensable au bon fonctionnement de notre organisme. Et contrairement à certains micronutriments présents en quantités abondantes dans notre alimentation, il est très aisé de s’en trouver carencé ou sub-carencé.


En effet, avant même de présenter une anémie, différentes études ont estimé autour de 20% les carences sans anémie chez les femmes en âge de procréer1 et autour de 7% chez l’homme2. Examinons donc le rôle de ce micronutriment et ce à quoi il faut être attentif pour détecter une carence et y remédier.


Le rôle le plus connu du fer reste le transport de l’oxygène dans l’hémoglobine. Mais il intervient également au niveau cellulaire et plus précisément mitochondrial dans l’utilisation de l’oxygène par les enzymes de la chaîne respiratoire.


Ainsi, une carence en Fer engendrera de la fatigue, des difficultés à fournir un effort aérobie ou encore entraînera des signes de mauvaise oxygénation comme la pâleur de la peau ou une chute de cheveux.


Mais le Fer est aussi un acteur de l’immunité et un cofacteur important de la transcription de certains ARN messagers ainsi que de la synthèse des neurotransmetteurs dont la dopamine et la sérotonine. Une carence en fer peut donc entraîner une plus grande sensibilité aux infections mais aussi des troubles de la croissance tissulaire, des difficultés d’apprentissage, des retards de développement intra-utérin, une difficulté à gérer le stress, une baisse de motivation, de l’anxiété, etc.


Dans la pratique, dès qu’un patient se plaint de fatigue, de fatigabilité et de difficultés cognitives, on a tendance à rechercher systématiquement une carence en Fer. Les autres facteurs pouvant nous y faire penser nous permettent le plus souvent de confirmer l’hypothèse ou de rechercher des troubles associés.
D’une manière générale et aux vues de la prévalence de cette carence, il peut être judicieux de la contrôler régulièrement et dès les premiers signes de fatigue chez les femmes, les enfants, les sportifs et chez les personnes avec un système digestif perturbé ne pouvant pas remplir suffisamment ses fonctions d’absorption. Une attention particulière peut être apportée aux végétariens, petits mangeurs, personnes peu friandes de viande rouge et d’abats, etc.

 

La suspicion d’une carence en Fer doit toujours passer par un dosage sanguin. En effet, si le patient présente un statut suffisant ou élevé en fer, un apport supplémentaire en Fer aura un effet fortement pro-oxydant avec les conséquences qu’on lui connaît : toxicité hépatique, cancers, maladies cardio-vasculaires et tout type d’inflammation.


La ferritine est la molécule de stockage du fer, ainsi son dosage nous informe sur nos réserves. Si le taux est bas, il faudra donc apporter suffisamment de fer pour assurer les fonctions de l’organisme mais aussi pour reconstituer les réserves. C’est donc le marqueur de choix dans la recherche d’une carence. En médecine conventionnelle, on commence souvent à s’inquiéter du statut martial en deça d’un taux sanguin de 20 µg/ L de ferritine. Mais en micronutrition, on reste vigilant dès que le taux descend sous les 50 µg/ L, ce qui représente un seuil de carence fonctionnelle.


Il faudra également proposer un dosage de la CRP-us (Protéine C réactive ultra sensible) et de l’ALAT (Alanine Amino Transferrase). En effet, une ALAT augmentée est le signe d’une cytolyse hépatique et donc peut expliquer une augmentation du taux de ferritine par relargage dans le sang de celle contenue en grande quantité dans les cellules hépatiques, lieu de stockage privilégié de fer.


On mesurera également la CRP-us. On le sait, un taux de CRP augmenté est signe d’une inflammation, or l’inflammation provoque une augmentation du taux de ferritine par capture du fer pour un stockage au niveau macrophagique notamment, en vue de lutter contre l’inflammation. Ainsi le fer n’est pas disponible pour une utilisation fonctionnelle. Un taux de CRP normale ne signifie pourtant pas qu’un processus inflammatoire de bas grade n’est pas en cours. C’est ce que la CRP-us mesure. Ainsi si la CRPus et l’ALAT sont normales, le taux de ferritine mesuré reflètera au plus près les réserves en Fer réellement utilisables. Sinon, il faudra en priorité prendre en charge le trouble sous-jacent.


En cas de carence en Fer, le meilleur plan d’attaque est en premier lieu de rééquilibrer la ration alimentaire quand cela est possible, mais pas que. En effet, il est bien difficile de remonter un statut martial à la seule force d’un morceau de viande. Des polymorphismes génétiques ou un système digestif perturbé peuvent en effet en limiter l’absorption et l’utilisation. On associera le plus souvent une complémentation mesurée.


La meilleure complémentation quand la carence n’est pas au stade de l’anémie sera celle qui se fera par voie orale à des doses physiologiques (respectant les besoins journaliers) et sur le long terme. En effet, la complémentation à dose physiologique permet de ne pas saturer les processus d’absorption et d’éviter les « selles noires », effet secondaire bien connu des complémentations trop dosées.


Pour faciliter cette complémentation, on conseillera de choisir un Fer complexé sous forme de sulfate de Fer et associé avec du Cuivre de manière à être mieux absorbé au niveau entérocytaire. On rappelle que les apports journaliers recommandés se situent chez la femme autour de 20 mg par jour et chez l’homme, autour de 10mg par jour.

1 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11683548
2 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16633965

Prochaine formation

  • Soirée officine : Troubles de l’immunité, faisons le point

    Public : Assistant en pharmacie, Pharmaciens
    Date : Jeudi 7 Février 2019, 19:00
    Lieu : Hôtel La Prairie, Avenue des bains 9 - 1400 Yverdon-Les-Bains

Partager cette page avec un ami

Merci de remplir les champs ci-dessous pour partager cette page avec un ami. Tous les champs sont obligatoires.

Vous
Votre ami