Formulaire de recherche

Comment l'intestin "parle" à notre cerveau

Date : 
Mardi 1 Mars 2016
-
Micronutrition
-
Par Audrey Charial

Les chercheurs sont de plus en plus nombreux à se pencher sur les liens étroits qui unissent cerveau et intestin. Et tous s'accordent à dire aujourd'hui que l'intestin est un véritable chef d'orchestre pour notre corps tout entier mais également pour notre cerveau. Examinons d'un peu plus près ces différents axes de communication.

 

Notre intestin possède un réseau nerveux extrêmement développé. Il communique avec pas moins de 5 zones du cerveau dont parmi les plus connues sont le cortex préfrontal, l'hippocampe et le complexe amygdalien, ces dernières sous-parties du système limbique. Ces zones régulent une grande partie de nos émotions et de nos cognitions. Notamment, les cellules entérochromaphines du système nerveux intestinal synthétisent près de 95% de notre serotonine¹, une hormone qui nous permet de gérer notre stress, de prendre du recul et qui est également précurseur de la mélatonine, l'hormone qui nous fait dormir. Dans une étude publiée en janvier 2016, des chercheurs ont d'ailleurs mis en évidence que de faibles taux de concentration de sérotonine au niveau du cerveau étaient associés à des troubles de la mémoire et des syndromes dépressif². Si une majorité de notre sérotonine provient de notre intestin, on peut donc supposer qu’il est en première ligne. 

Les cellules nerveuses entérocytaires ne sont pas les seules à s'exprimer. Par leur médiation, le microbiote aussi influence notre cerveau et il est même bien souvent le vrai « cerveau » de l'affaire. Notre tractus gastro-intestinal contient une quantité considérable de bactéries qui représentent de 1 à 2kg de notre poids total. Nous contenons même dans notre corps 10 fois plus de bactéries que de cellules humaines. Par exemple, pour ce qui concerne le GABA, notre principal neurotransmetteur inhibiteur, il semblerait bien que l'expression de ses récepteurs serait stimulée par une souche bien précise de lactobacille, le L-rhamnosus³. Autre exemple, la présence d’Escherichia Coli qui produit la ClpB HSP, une protéine mimétique de la mélanotropine, une hormone anorexigène, va favoriser les repas trop copieux et les crises « boulimiques ». En effet, quand cette protéine est produite de manière trop abondante, le corps synthétise des anticorps pour la détruire et au passage s'attaque à son sosie, la mélanotropine. Du coup, on ne peut plus s'arrêter de manger, et ça ne vient pas du cerveau4. La présence de Candida albicans également, va favoriser les envies de sucres, l'un de ses substrats préférés. Le candida va donc profiter d'une flore déséquilibrée pour proliférer et envoyer au cerveau des signaux d'envies de sucre. Il a aussi été mis en évidence, dans une étude parue en avril 20145, qu'une altération du microbiote pourrait favoriser l'apparition et l'évolution du diabète de type 2.

 

Outre les messages envoyés par le microbiote et les cellules intestinales, il existe une autre voie de communication, un peu moins soupçonnée et qui pourtant peut entraîner des situations très inconfortables voire pathologiques, l'hyperperméabilité intestinale. L'hyperperméabilité n'est pas un état normal de la muqueuse intestinale, elle se caractérise par une distension des jonctions serrées qui unissent les entérocytes. Cette hyperperméabilité peut avoir plusieurs origines : une agression par des bactéries pathogènes, le stress, une chimiothérapie, une candidose, des ischémies-reperfusion importantes ou trop fréquentes. En présence de cet « écartement » des cellules, la barrière intestinale laisse passer de grosses molécules, habituellement interdites de séjour dans le reste du corps comme des bactéries entières ou encore leurs toxines mais aussi le gluten ou les caséines. Notamment, le gluten et la caséine ressemblent aux molécules d'endorphines et viennent se fixer sur leurs récepteurs, les empêchant d'être libres pour les vraies endorphines. Ainsi, il est fréquent de ressentir des douleurs périphériques6 ou des migraines7 à cause d'une hyperperméabilité pourtant réversible grâce un régime d'épargne et d'éviction au moins temporaire. Bien entendu, tous ses exemples ne sont que quelques liens parmi d'autres, mais ils laissent présager l'étendue des relations encore à découvrir entre l'intestin, son microbiote et notre cerveau. C’est d’ailleurs ce qu’ont voulu initier des chercheurs de l’université Sapienza à Rome dans une étude parue en avril 20157 qui passe en revue l’ensemble des liens microbiote-cerveau médiés par l’axe nerveux intestin-cerveau. 

 

1Faculté de Médecine de Strasbourg, Module de Pharmacologie Clinique DCEM3 2005/2006 « Sérotonine et médicaments » - P Bousquet

2http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26805875

3http://www.pnas.org/content/108/38/16050

4http://www.nature.com/tp/journal/v4/n10/full/tp201498a.html

5http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24059311

6Denis Riché, Fibromyalgie Ne nourrissez plus votre douleur

7http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4367209/

Prochaine formation

  • Soirée officine : Troubles de l’immunité, faisons le point

    Public : Assistant en pharmacie, Pharmaciens
    Date : Jeudi 7 Février 2019, 19:00
    Lieu : Hôtel La Prairie, Avenue des bains 9 - 1400 Yverdon-Les-Bains

Partager cette page avec un ami

Merci de remplir les champs ci-dessous pour partager cette page avec un ami. Tous les champs sont obligatoires.

Vous
Votre ami